Interview : Alioune Gueye : « C’est un combat que je mène pour tout le monde »

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Interview : Alioune Gueye : « C’est un combat que je mène pour tout le monde »

A bout de souffle devant ce qui lui arrive, Alioune Gueye explique, argumente sans trouver, pour le moment, une solution juste à sa situation. Après un cursus brillant en Droit public, le jeune chercheur sénégalais voit dans le non renouvellement de son contrat d’Ater à la faculté de droit de l’Université de la Rochelle, le signe évident d’un soutien au racisme dont il est victime. Dans la double peine qu’il a subie, des soutiens lui sont apportés mais pas toujours là où il l’espérait…

Les autorités sénégalaises sont-elles au courant de votre situation ?

Depuis le début de l’affaire, j’ai contacté Omez Kane, l’attaché du ministre des Affaires étrangères. Il m’a dit qu’il allait faire le nécessaire. Je l’ai contacté la veille de la sortie du premier article dans la presse française (le 9 septembre, ndlr). J’ai également appelé Mankeur Ndiaye, le ministre des Affaires étrangères, sur son portable et lui ai laissé un message. Avec l’université de La Rochelle, c’est devenu un dialogue de sourd. Le doyen de la faculté de droit de la Rochelle avait tous les éléments de preuve, le président de l’Université et le professeur responsable du cours également…mais, ils n’ont rien fait pour mettre fin aux agressions de l’étudiant raciste. Ce qui me fait dire qu’il y avait une certaine complicité avec l’étudiant agresseur qui a continué à envoyer ses mails injurieux du 14 novembre 2012 au 21 novembre 2012 sans être inquiété par les autorités universitaires. Au départ, on ne prenait pas ma démarche au sérieux en pensant que j’allais me lasser. Toutefois, le mutisme de nos autorités est susceptible de leur donner raison. Ils se disent qu’avec les sénégalais on peut leur faire n’importe quoi, il n’y aura pas de conséquence. Personne ne viendra les défendre… Pour l’heure, la diplomatie sénégalaise est totalement stérile. Ce n’est pas de cette manière que l’on fera respecter le Sénégal et les sénégalais à l’étranger. Mais, que les autorités sénégalaises me soutiennent ou non, je me battrai pour mes convictions, pour la justice, pour le mérite, pour l’égalité des droits, pour le respect des sénégalais de l’extérieur et leur dignité… Heureusement, je suis très bien soutenu en France et dans les autres pays.

Ou en être vous dans vos démarches ?

Il y a des évolutions majeures et pas des moindres : les professeurs agrégés avec lesquels j’ai travaillé à l’université de Toulouse 1 Capitole et même à l’Université de La Rochelle. Le professeur Marc Blanquet attestant clairement que pendant toutes les années où j’ai travaillé avec lui à l’Université de Toulouse 1, je le cite, il « n’a eu qu’à se féliciter de ma collaboration et de ma disponibilité ». Le professeur Joel Andriantsimbazovina avec qui j’ai travaillé à l’Université de La Rochelle en Master 1, atteste quant à lui de ma « compétence et de ma disponibilité ». Je rappelle que ce dernier a été nommé dans le jury d’Agrégation en Droit public par le CAMES. Monsieur le professeur émérite Jean Arnaud Mazères se souvient encore de moi en rappelant que j’étais un « étudiant sérieux » ayant fait sous sa Direction « un mémoire brillant ». Mon ancien collègue Jean-Baptiste Galley atteste également que, j’ai « toujours donné satisfaction à l’équipe pédagogique en faisant preuve d’un professionnalisme et d’un talent peu communs dans l’enseignement ». Sans parler des centaines de mails de satisfaction de mes anciens étudiants dont le dernier en date du 13 octobre 2013 précise que je suis « un très bon enseignant, impliqué dans son travail, un des rares qui fournissait des corrections de TD complètes et écrites…celui qui a donné goût à la matière aux étudiants…». Une autre étudiante écrit que « sans langue de bois, elle n’a jamais retrouvé un enseignant comme moi, passionné, pédagogue, compréhensif, accessible…qui avait réussi à donner beaucoup de motivation et d’espoir aux étudiants…un enseignant brillant, exigeant ». D’autres rappelant même que je leur ai « appris à réfléchir, à être rigoureux et surtout à être de bons juristes »

Bref, cela prouve que les propos tenus par le doyen de la faculté de droit de l’université de la Rochelle (insinuant que M. Gueye n’avait pas donné entière satisfaction, ndlr) sont infondés, il ne s’agit là que d’un dénigrement public, ces propos relèvent de la mauvaise foi.

Les choses commencent à bouger en France mais, pour que cela continue, il faudrait que les autorités sénégalaises comme le ministère des Affaires étrangères et celui de l’Enseignement supérieur et de la recherche, bougent de leur côté, il en va du respect des intellectuels sénégalais à travers le monde, il en va aussi du respect des ressortissants sénégalais. Ce combat, je ne le fais pas que pour ma propre personne sinon je serais déjà parti au Canada depuis très longtemps…

Revenons un peu sur les faits, depuis le début de l’affaire quelle a été la réaction de votre hiérarchie à l’université de la Rochelle ?

Ils m’ont menacé de me traduire en conseil de discipline car j’ai à un moment donné répondu vigoureusement à des mails racistes. Ils m’avaient aussi menacé de me griller dans le monde universitaire français. Si ma hiérarchie avait apporté une réponse adéquate dès que je les ai alertée à propos des mails racistes de l’étudiant, je ne serais pas obligé de répondre pour tenter de mettre fin à l’agression et aux harcèlements de l’étudiant indiscipliné. Et puis, ma réponse n’était pas du tout une menace physique à l’encontre de l’étudiant mais, c’était simplement une manière de faire cesser une agression raciste et un harcèlement inacceptable de la part d’un étudiant qui, visiblement n’était pas là pour étudier car, il n’a réussi aucun examen et encore moins les rattrapages… Pendant une semaine, je recevais tous les jours des mails de cet étudiant raciste. De très longs mails, je dirais même des romans ! Et personne ne lui a dit d’arrêter, ni le professeur responsable du cours encore moins le doyen de la faculté de droit. L’inertie des autorités de l’Université de La Rochelle me laisse toujours perplexe, elles ne m’ont pas protégé or, en vertu de l’article 11 de la loi du 13 juillet 1983, elles ont un devoir de protection des enseignants… En outre, en vertu de l’article 6 quinquies de cette même loi, un enseignant ne doit pas subir dans l’exercice de ses fonctions des faits de harcèlement… S’il y a une faute, elle a été commise avant tout par les autorités de l’Université de La Rochelle. Et puis, on ne se laissera pas duper, l’agresseur c’est l’étudiant et, la victime c’est moi ! N’inversons pas les rôles et n’inversons pas la vérité !

Est-ce que vous les avez alerté dès le premier mail ?

Oui, je leur ai alerté dès la réception du premier mail, c’est-à-dire le 16 novembre 2012 et il n’y a pas eu de réaction jusqu’au 21 novembre. C’est à partir du 21 que le professeur responsable du cours m’a demandé de ne plus répondre aux mails de l’étudiant agresseur au lieu de prendre des mesures concrètes pour mettre fin aux agressions. Ce dernier a donc continué dans sa littérature injurieuse jusqu’au 21 novembre en toute impunité et avec la complicité du Doyen de la faculté de droit de l’Université de La Rochelle et du professeur responsable du cours qui n’ont rien fait pour mettre fin à l’agression que je subissais. Or, se taire c’est être complice à mon avis.

Quand est-ce vous avez commencé à répondre à ces mails racistes ?

Ma première réponse intervient le 16 novembre très tard dans la soirée, après avoir alerté bien entendu ma hiérarchie qui n’a pas du tout réagi le jour-même pour mettre fin à l’agression que j’ai subie de la part de cet étudiant raciste et indiscipliné. Quand j’ai alerté le professeur responsable du cours, il m’a simplement demandé de prendre rendez-vous avec le doyen. Ce dernier me donne rendez-vous le 20 novembre. C’est une attitude qui n’est pas responsable pour un cas de racisme. Ils auraient pu dire immédiatement à l’étudiant d’arrêter ses mails et ses agressions. Est-ce que ce n’est pas un piège qui m’a été tendu ? Curieusement, ils défendent l’étudiant depuis le début. Certains ne supportent pas qu’un africain soit plus compétent qu’eux, ça les dérange. Avant j’ai enseigné 4 ans à Toulouse, je n’ai jamais eu de souci avec un étudiant…bien au contraire, je n’ai eu que des compliments et des messages de satisfaction de la part des étudiants et des professeurs… Je suis le seul ATER en Droit public recruté à l’Université de La Rochelle qui a publié des articles cette année. Qui plus est, quand on m’a recruté l’année dernière, j’étais classé 1er. Et cette année, on m’écarte tout en maintenant ceux qui ont été classés derrière moi l’an dernier, en me disant que ce n’est pas lié à l’incident de novembre 2012, c’est une utopie, une simple vue de l’esprit. Rien ne peut justifier objectivement que mon contrat d’ater ne soit pas renouvelé. Un ATER est recruté pour mener des activités d’enseignement et de recherche or, je suis le seul qui menait les deux à la fois au sein de l’Université de La Rochelle donc, le seul qui a totalement rempli sa mission tant en matière d’enseignement (voir les mails des étudiants et des professeurs agrégés), que de recherche (voir mes publications).

Est-ce qu’on peut douter du caractère raciste du Doyen de la faculté de droit de l’Université de La Rochelle si dans un passé récent ils vous ont classé premier au concours ?

Le doyen de l’université de La Rochelle est un professeur en droit privé alors que je suis spécialisé en droit public. Il n’a aucune compétence pour juger de mon travail. C’est pour cela qu’il ne m’a pas recruté, il n’a aucune compétence pour me recruter, il est privatiste et je suis publiciste, ce ne sont pas les mêmes domaines. C’est donc un comité de sélection composé de professeurs spécialistes en Droit public qui procède au classement des candidats de manière objective et par ordre de mérite. C’est donc ce comité de sélection qui recrute les candidats sur la base d’un concours car, on l’oublie souvent mais, il s’agit avant tout d’un concours…

Où en est la procédure pour que vous soyez rétabli dans vos droits à la faculté de droit ?

Le Cran a écrit au ministère français de l’Enseignement supérieur et de la recherche. Il a saisi M. Dominique Baudis, Défenseur des droits. Je veux avant tout que mon statut de victime soit reconnu dans cette affaire.

Par ailleurs, sur la demande du Président de l’Université de La Rochelle, la Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche a diligenté les inspecteurs généraux de l’administration pour qu’ils mènent une enquête mais. J’ai rencontré ces inspecteurs généraux de l’administration de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, le 16 octobre mais, à ma grande surprise, ma version des faits n’a pas été entendue…ils se sont contentés de me poser cinq questions qui me semblent très orientées…je n’ai pas pu leur donner tout mon dossier, tous les éléments de preuve, les témoignages de mes étudiants et de professeurs très satisfaits, je n’ai pas pu leur faire la démonstration du harcèlement moral que j’ai subi entre autres. Je rappelle par ailleurs, que le Président de l’Université de La Rochelle avait déjà donné les résultats de l’enquête des inspecteurs généraux de l’administration dans un Communiqué du 18 septembre 2013. Mais, par respect à Madame la Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche et par respect à l’institution, je me suis rendu à la convocation et j’ai répondu aux cinq questions des enquêteurs de l’inspection générale de l’administration…

Les autorités de l’Université cherchent à gagner du temps or, c’est ma carrière qui est en jeu avant tout ! Mon avocat a envoyé une demande préalable indemnitaire au président de l’Université et, il déposera bientôt une requête au fond au Tribunal administratif.

Etant formé à Toulouse, comment êtes-vous arrivé à l’Université de La Rochelle ?

J’ai commencé mes études de droits en 2003-2004 à Toulouse. Depuis j’ai fait un parcours sans faute, j’ai tout réussi avec facilité, par la Grâce de Dieu. En 2008, j’ai eu mon Master et c’est au cours de cette année que j’ai rencontré le Professeur Jean-Arnaud Mazères qui a codirigé mon mémoire de recherche et, le Professeur Marc Blanquet qui, lui, sera plus tard mon directeur de thèse. C’est à partir de 2009 que j’ai entamé ma thèse qui porte sur le Règlement intérieur du parlement européen. De 2008 à 2009 j’ai enseigné à la faculté libre de droit de l’Institut Catholique de Toulouse, de 2009 à 2012, j’ai enseigné à l’Université de Toulouse 1 Capitole. A partir de septembre 2012, j’ai décidé d’être Ater. Avec mes quatre ans d’expérience et mon cursus, j’étais pris dans beaucoup d’universités où j’avais envoyé un dossier. Ainsi j’étais classé 2e à l’Université de Nantes sur le profil droit communautaire, 5e à l’Université de Montpellier, 1er à La Rochelle… J’ai choisi La Rochelle parce que mon propre directeur de thèse, Marc Blanquet, avait déjà un contact sur place, le Professeur Joël Andriantsimbazovina. Donc, j’ai suivi les conseils de mon Directeur de thèse, c’est cela qui m’a amené à La Rochelle en septembre 2012.

Est-ce que ce qui vous arrive est un cas isolé ?

Je ne pense pas… Mon cas permet de comprendre pourquoi en France il y a peu d’Africains dans les hautes sphères des Universités. Pourtant, il y a énormément de doctorants Africains très compétents dans les universités françaises ! Beaucoup de vocation se perde en route… Le corporatisme et le favoritisme ne facilitent pas les choses. De plus en plus, on voit les intellectuels africains quitter la France pour aller vers le Canada ou les Etats-Unis… C’est un nouveau phénomène très dommageable pour la France et pour l’Afrique qui a besoin de ces talents mais, qui ne leur offre pas des conditions de travail adéquates…aucune politique sérieuse n’est menée à l’échelle du continent africain pour un retour des jeunes talents…

Est-ce que votre situation vous motive pour un retour au Sénégal ?

Oui j’y pense de plus en plus…en me rasant le matin (rire). D’ailleurs le Professeur Babacar Gueye qui a lu les attestations des professeurs avec qui j’ai travaillé, a précisé « qu’elles ne laissent aucun doute sur mes capacités d’enseigner ». Venant de lui, cela me touche profondément. Je rappelle que le professeur Babacar Gueye est également nommé cette année en tant que membre du jury d’Agrégation en Droit public par le CAMES.

Tout cela pour vous dire que les compliments qui me sont souvent adressés ne viennent pas de n’importe qui !

Bien sûr, j’envisage de rentrer un jour pour servir mon pays, j’ai toujours revendiqué mon appartenance à ce pays. Il y a beaucoup de sénégalais compétents à l’étranger sur qui, le pays peut compter demain pour se développer…

Pour le moment ni l’ambassadeur ni le consul du Sénégal ne m’ont contacté, ne serait-ce pour un soutien dans ce combat pour la justice, le mérite, l’égalité, le respect des lois de la République et, surtout le respect du Sénégal et des sénégalais de l’extérieur. Cette affaire est aussi un test pour le gouvernement du Président de la République Macky Sall et sa diplomatie ! Les sénégalais jugeront demain… Aucun Etat ne peut se développer en se coupant de ses élites…

Pour terminer, j’appelle à signer la pétition sur le lien suivant :

http://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/r%C3%A9tablissez-alioune-gueye-dans-ses-droits-et-luttez-contre-le-racisme-%C3%A0-l-universit%C3%A9

Interview réalisée par Mamadou Ba

Journaliste au Quotidien Le tvstarsn

Tél : 0022177544.40.33

Contact de M. Alioune Gueye : 0033.7.53.60.39.52.

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